Psychanalyse Rêve Eveillé

QUELQUES ELEMENTS THEORIQUES ET TECHNIQUES

Seuls quelques principes de bases de la Psychanalyse Rêve Eveillé seront donnés ici.

 

Dans l'hypothèse où vous n'êtes pas encore féru de psychanalyse, ne vous laissez pas rebuter par les termes techniques. Tout ceci vous paraîtra limpide ultérieurement.

 

Et dans l'hypothèse où vous connaissez bien les concepts psychanalytiques, comprenez que le texte ci-dessous ne présente les choses qu'à grands traits, la complexité théorico-clinique étant évidemment nécessaire, mais intégrée au fil des années de formation et de supervision.

 

Vue rapide des principes de la psychanalyse rêve éveillé (Ecole AIRE : Analyse Intégrative Rêve Eveillé)

 

1. Deux principes de base :

 

  • le rêver éveillé est une « expérience », et pas seulement de « l'imaginaire ». Lors de cette expérience particulière le patient voit des images intérieures, vit fortement le scénario dans lequel elles l’entraînent, et verbalise cela au fur et à mesure au psychanalyste. On appelle ceci les 3 V (Nicole Fabre : Voir, Vivre, Verbaliser). Lors de cette expérience deux états psychiques sont intimement mêlés : le psychisme infantile (porteur des traumas et des énigmes, source des problèmes à résoudre) et le psychisme adulte, puisque le patient est éveillé et verbalise ce qu’il vit. De ce fait, un certain nombre de vécus traumatiques vont être revécus symboliquement, mais terminés autrement.

 

 

  • le RE est un troisième pôle, s'adjoignant aux deux autres pôles que sont le patient et l'analyste. Il introduit un tiers dans la dyade thérapeutique et devient un interlocuteur incontournable pour chacun des deux. La psychanalyse AIRE pourrait être considérée, sous cet angle, comme une psychanalyse « à médiation »

 

 2. De ces principes de base découlent des positionnements théorico-techniques qui

      instaurent un cadre de cure spécifique (différent et complémentaire du cadre

      psychanalytique classique). En effet :

 

  • pour que le RE soit une expérience symbolique forte et non une rêverie imaginaire compensatoire il s'agit d'instaurer les paramètres techniques qui vont la permettre. Sous cet angle les interventions du thérapeute seront une pratique originale, découlant en partie des écrits de Desoille, permettant ainsi la mise en place de cette pratique  psychanalytique spécifique (inspirée des écrits de Freud, Winnicott, Bion, Anzieu, Roussillon, pour les principaux référents)

 

  • la place du rêve éveillé comme un temps particulier, à l’intérieur du temps de certaines séance, permet alors que celui-ci s’installe comme un troisième pôle. Le patient désormais va :

 

  • s'intéresser à cette autre source de recherche et d'expression de sa vérité profonde
  • et du coup toute une partie du transfert va se dériver sur cet autre pôle (deux types de transfert : l’un sur le RE lui-même, l’autre sur les figures symboliques rencontrées dans le RE)

 

3. Pour arriver à cette mise en place spécifique de la cure analytique rêve éveillé l'analyste

       est chargé d’instaurer ce cadre spécifique et d’en maintenir l’efficace. La priorité initiale

      de l'analyste rêve éveillé c’est donc que s'installent :

 

  • Le RE comme expérience particulière
  • le tripôle relationnel

 

4. Une fois ceci établi, les conséquences en sont :

 

A)  une division du transfert, qui devient de ce fait  plus léger sur l'analyste, et réparti

      sur deux pôles

 

B)  un travail centré sur le rêve éveillé (mais pas seulement) pour la part de transfert

      qu'il récolte, et la mise en scène des traumatismes et de l'histoire du patient qu’il

      permet (et qu’il fait évoluer)

 

C) un dégagement vis-à-vis des attentes du patient concernant sa vérité, censée,

     avant cette expérience RE, être comprise et dite par l'analyste. Ce point qui permet

     une plus grande appropriation / subjectivation est alors favorisé par :

 

  • la relation d'équivalence (plus aisée désormais)
  • le travail d'interprétation métaphorique pour tout ce qui concerne ce qui est amené par le rêve éveillé

 

 

De ce fait, un certain nombre de principes théorico-techniques issus de la psychanalyse classique se poseront un peu différemment en Analyse Rêve Eveillé. Par exemple concernant :

  • l'interprétation sous sa forme classique (qui aura surtout lieu d’être pour mécanismes de défense attaquant la structure et le cadre tripôle)
  • l'association libre (qui sera complémentaire, et se révèlera surtout utile lorsque le travail métaphorique deviendra moins fertile)

 

 

Et des principes théorico-techniques relèvent spécifiquement de l'Analyse Rêve Eveillé, parmi lesquels, entre autres :

  • une théorie des « interventions » de l'analyste rêve éveillé (plus spécialement au cours même du rêve éveillé)
  • une théorie des rapports de l'analyste lui-même avec le pôle RE, et de ses résistances ou transferts sur ce pôle
  • une théorie concernant l'évolution des schémas traumatiques et / ou répétitifs à travers l'expérience rêve éveillé, elle-même déterminée par ce qui se joue dans la relation patient-analyste.

 

 

 

Synthèse des Caractéristiques du Cadre AIRE

 

On notera que chacun des points ci-dessous, tant sous l’angle conceptuel que méthodologique, s’enchaîne logiquement aux autres, si bien que tous ont leur nécessité, et qu’aucun ne peut être négligé ou diminué, sous peine de déséquilibrer tout l’ensemble.

 

 

 

 

ARTICULATION DES CONCEPTS

 

Les trois pôles

Du fait de l’expérience très particulière du RE (Rêve Eveillé), et sous réserve d’une mise en place qui respecte certaines procédures (contrat, tenue du cadre, prescriptions techniques concernant le RE) le processus se déroule entre trois pôles au lieu de deux :

 

  • le patient,
  • le Psychanalyste,
  • le Rêve Eveillé.

 

 

Dédoublement du Transfert

Les conséquences de ceci sont les suivantes :

 

Le transfert se dédouble : une partie se dépose sur le thérapeute, une autre sur les figures symboliques rencontrées sur la scène du RE.

Le plus généralement ce dédoublement s’effectue, du moins au début, en : Transfert (majoritairement) positif sur un pôle, et Transfert (majoritairement) négatif sur l’autre pôle.

 

L’intensité du Transfert est ainsi moindre sur le psychanalyste, ce qui donne plus d’aisance à l’alliance de travail, même si l’ensemble du Transfert se joue à l’intérieur du cadre lui-même (une partie archaïque étant, bien entendu, déposée dans le cadre lui-même).

 

Et le pôle RE, avec sa propre charge de Transfert, permet tout autant une évolution du traumatisme et des fixations, que le pôle du thérapeute autour du travail concernant le Contre Transfert,  et l’interprétation.

 

L’interprétation métaphorique

De ce fait l’interprétation, chargée de mettre à jour les mécanismes Ics, n’a pas la même forme ni la même nécessité qu’en psychanalyse classique : toute une partie de ce qui doit être conscientisé passe par la formalisation symbolique qu’en donnera le RE ; et, en dehors des RE, un travail métaphorique favorisé par le langage RE, permet alors de consteller le Pré-Cs et de s’approcher au plus près d’une interprétation conscientisée.

 

L’interprétation classique

L’interprétation classique (hors des RE) garde sa nécessité pour abaisser les résistances, ou désyntoniser le Moi de ses M.D. (Mécanismes de Défense) les plus encombrants, afin de permettre que le cadre tripôle, et le processus qu’il induit, puissent être réalisés.

 

Elle a aussi sa place comme éventuelle touche finale d’un travail métaphorique

 

La relation d’équivalence

Cette structure même (tripôle, travail métaphorique, et intensité de l’expérience RE) va conduire le psychanalyste à être plus facilement situé hors d’une position haute (de supposé savoir, de détenteur de l’interprétation, de passeur inévitable vers ce qui doit être trouvé).

 

Le « jeu » avec l’interprétation métaphorique permet au patient de s’approprier lui-même une part du travail.

 

Par conséquent, la relation entre le patient et le psychanalyste, tout en restant inévitablement dissymétrique, pourra tendre vers une « relation d’équivalence » (Maurey).

 

Ceci sera accentué par le positionnement du psychanalyste, qui favorisera ainsi l’autonomie du patient et sa capacité ultérieure (post cure) à devenir son propre thérapeute. Ce positionnement sera visible par exemple dans :

  • refus des « désignations »  (étiquettes pathologiques), au profit d’une compréhension longitudinale de l’histoire du patient
  • perception constante de ce qui fait la similitude « d’humanité » entre le thérapeute et le patient
  • refus de toute position haute (pédagogie, conseil)

 

 

Nécessités Méthodologiques

 

On perçoit que tout l’ensemble repose sur la nécessité d’établir clairement la structure tripôle, et donc de :

  • donner au RE une place de tiers indispensable
  • permettre et favoriser le dédoublement du Transfert

 

 

Ceci sera permis par les procédures suivantes :

 

    1. Les premiers temps de la cure

 

le poids, moindre, du Transfert sur le psychanalyste donne la possibilité à celui-ci d’intervenir initialement sur un mode psychothérapique sans que cela oblitère ensuite le cheminement analytique ; l’avantage de ce premier temps est important :

  • le patient a le sentiment d’être immédiatement compris et aidé
  • l’alliance de travail, et l’ambiance majoritairement positive, permettra ensuite la mise en place (après le passage en divan) de la structure typique des débuts de cure AIRE, avec le dédoublement du Transfert lors de l’instauration du Rêve Eveillé

 

    2. le setting divan et la règle concernant le RE

  • le contrat permet la solidité du contenant qu’est le cadre AIRE
  • la règle, donnée en fin de contrat, et rappelée à la séance suivante, qui instaure  le RE comme pivot de la cure, commence à donner à celui-ci une place fondamentale

 

    3. le dédoublement du Transfert

 

dès le passage en divan, avec le changement progressif des modalités de travail, le Transfert négatif commence à poindre et à prendre de la place.

 

La proposition de commencer les RE doit être située dans cette phase, et favoriser ainsi le dépôt du Transfert négatif sur les figurations symboliques du RE, mais l’analyste veillera aussi particulièrement à permettre l’expression de ce transfert négatif dans la relation analytique.

 

La configuration la plus habituelle sera donc, à cette étape :

 

  • Transfert positif sur le psychanalyste
  • Transfert négatif sur les figurations symboliques rencontrées dans le RE

 

  • Pour que le Transfert négatif se dépose sur les figures symboliques du RE et non sur le RE lui-même, la procédure d’entrée dans les 1° RE devra être bien calibrée 
  • et l’alliance psychanalyste-patient sera manifestée par une présence et un accompagnement étroit et soutenant durant les 1° RE :

 

  • respect de ces premiers RE, même s’ils ne sont encore qu’une ébauche des 3 V, sous forme d’une analyse suffisamment « à distance »
  • travail prioritaire sur les résistances au RE plutôt que dans le RE ; et attention importante autour de l’expression du négatif qui devra être conscientisé sans tarder

 

 

    4. le RE  3° pôle

 

le RE sera d’autant plus installé comme 3° pôle que le psychanalyste aura assimilé la place particulière de celui-ci. D’où :

  • des pratiques spécifiques permettant au RE de prendre place
  • une proposition régulière de faire un RE (jusqu’à ce que le patient s’attribue cette fonction, se basant sur sa propre « respiration » personnelle)
  • la référence aux symboles trouvés dans les RE, lors des diverses séances

 

    5. le travail autour du RE

  • la relecture du RE
  • l’interprétation métaphorique donnent au patient non seulement l’investissement narcissique de « sa » production, mais permettent aussi  qu’il s’approprie le plaisir d’en chercher le sens et le message

 

 

 

L'Expérience Spécifique du Rêve Eveillé

 

Une fois le RE mis en exergue comme 3° pôle, et mis en place comme expérience  (les 3V) alors pourra se déployer l’efficacité spécifique de ce pôle-ci. Ceci n’enlève d’ailleurs rien au fait que les deux autres pôles, thérapeute et patient, gardent leur propre part à effectuer.

 

 

On aura noté que, dans ce schéma, la relation du pôle thérapeute au pôle RE a sa propre importance. Cela débouchera sur un travail du thérapeute concernant son lien au RE lui-même. Le psychanalyste est attentif à soumettre ses hypothèses à ce qu’aura « dit » le RE, par exemple.

 

 

 

complément : vidéo sur le transfert négatif en psychanalyse rêve éveillé :

https://www.youtube.com/watch?v=XbkF8QWj1cM&list=PLSprTkzcOV4pa875TopAc-MU82-OAR8ua

 


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